
Ma démarche, ma passion, le buis magique…
Dans un monde fragilisé, questionné, dans une société qui crie son besoin d'amour, je donne naissance à des personnages imaginaires sculptés dans du buis ou d'autres essences nobles...
La vie est alors possible par la rencontre de cette matière brute avec les émotions attrapées dans la vie, puisées au hasard des rencontres plurielles, insolites, belles...
Ma nourriture, c'est le monde des bâtisseurs, ouvriers, paysans, architectes et artistes qui inventent, qui vivent ou ont vécu des histoires importantes ou banales. La vie tout simplement !
Cette confrontation à la matière, la caresse de ma main sur l'objet en devenir laisse une trace émotionnelle d'amour et de passeur de mémoire !
L'humour, la dérision, la mélancolie, la technique et le jeu trouvent aussi leur place dans ma démarche…
Ce besoin de donner la vie, ce plaisir très fort de créer, d’apprendre, permet de dire, de crier, de chuchoter mes émotions intérieures…
La matière privilégiée, le buis centenaire, une essence noble, rare et dure qui permet de sublimer les corps et les émotions par une création fine et sensuelle…
François
Naissances par Nature
Lorsqu’un passant voit sur son chemin une souche racinaire, il voit une souche racinaire. Lorsqu’un créatif voit une souche racinaire il perçoit la figure qui est inscrite en elle. L’artiste est voyant de ce que l’autre ne perçoit pas. C’est son moteur créatif. Voir à travers des formes naturelles ou abstraites la figure d’un reconnaissable, c’est faire émerger la paréidolie, processus qui survient dans la découverte fortuite d’une association de formes familières : dans le contour d’un nuage, un mur décrépi, ou une tache d’encre...
Déjà, Vinci invitait à questionner ces lieux d’apparitions où l’analogie fait émerger du visible.
Quatre branches qui s’ouvrent et c’est un danseur, des racines rayonnantes et c’est une Gorgone. François Pernette voit « à travers » les branches et les troncs qu’il récupère, ou qu’on lui offre, les futurs sujets de ses réalisations. Il privilégie pour ses créations essentiellement le Buis, à l’occasion le Noyer, plus rarement le Cèdre et d’autres essences nobles.
Son univers d’étrangeté si singulière ne nous est pourtant pas étranger, justement parce que nous associons nos références personnelles à celles de l’artiste. On découvre que des figures naissent de la gangue naturelle qu’est l’écorce, laissée volontairement encore visible dans de nombreuses sculptures, comme pour dire « je viens de là ».
De nombreux artistes ont laissé apparent le matériau d’origine. Chez Rodin ou Michel-Ange les sculptures semblent sortir du chaos du marbre encore brut.
Cela nous conduit à l’idée d’un « alpha et oméga » éloquent. Le début et la fin se conjuguent en ne faisant qu’un, tel un paradigme de création. Il est intéressant de voir la relation qui se crée entre réalisation humaine et l’intrinsèque de la nature. Ainsi on assiste à l’artialisation de la nature, par le seul fait de l’engagement de la gouge et du polissage qui va donner sens à une forme-informe proposée à l’origine du geste de l’artiste.
Le bois fait parfois résistance. Lors de sa taille, il se révèle alors peu conciliable avec le projet envisagé par l’artiste. Une fissure apparaît, un nœud fortuit fait obstruction à l’itinéraire créatif entrepris. C’est ce que l’on appelle « l’accident ». Cet accident n’est pas une composante négative, au contraire il met en jeu un sursaut de créativité pour pallier l’obstacle qui surgit. Ce point de hasard que l’on nomme sérendipité, est un événement qui va faire découvrir ce que l’on ne cherchait pas. Il faut rebondir alors sur l’accident et exploiter cette opportunité à produire une création non anticipée.
L’ensemble des œuvres données à voir se décompose en parties de personnages hiératiques, certaines productions ont la narration explicite (les migrants, Méduse), d’autres sculptures mutiques, ou supposées telles, enferment les secrets les plus enfouis de l’humanité. On peut y voir associées la peinture comme habillage coloré, ou des parties brûlées pour accentuer l’écart corps-visage. Le dessin vient parfois surligner d’un trait noir le contour d’un visage ou d’un corps, associant volume et graphisme, complicité duelle de l’expression plastique. Enfin, de grandes sculptures spectaculaires conjuguent prouesse technique et esthétique baroque imbriquées dans un déroulement et enroulement graphique visuellement déroutants.
Chaque sculpture est chargée d’un mystère et d’un affect profond qui l’ouvre à l’humanité. L’impression de douceur accompagne la « peau » du bois dans ses parties très finement poncées. On présume sans se tromper qu’il a fallu du temps et du temps pour arriver à faire dire à la matière la douceur infinie du silence. Travail de lenteur, méditatif, où le temps s’est absenté dans la caresse soyeuse de la main. Lorsqu’on regarde l’ensemble des œuvres, hors la poièsis régulière, il n’y a pas de répétition du même. Le registre étendu de la création de François Pernette semble sans limite. L’Art est toujours « une finalité sans fin ».
Bernard Muntaner
Critique d’art - Commissaire d’exposition,
Juillet 2025